Deux grands habitats présents en baie de l’Aiguillon : les vasières et les prés salés

La baie de l’Aiguillon est en sédimentation constante. Par conséquent, les habitats de vasières (bons pour la moule) et de prés salés évoluent constamment dans le temps et dans l’espace.

La vasière du port du Pavé à Charron - Life baie de l'Aiguillon

La vasière du port du Pavé à Charron

Les vasières

Les vasières, appelées également slikke, couvrent environ 3 700 ha sur la réserve naturelle. Ce sont des formations liées à l’accumulation de sédiments fins d’origine marine et dans une moindre mesure, fluviale. L’existence de cet habitat est donc liée à un apport sédimentaire important corrélé à une faible profondeur d’eau, des marées importantes et une situation relativement à l’abri de la houle.

Les vasières de la baie de l’Aiguillon sont dites « intertidales », c’est à dire qu’elles sont situées entre les zones de balancement des marées.

 

Ces grands espaces, qui au premier regard peuvent sembler vides, sont en fait le siège d’une importante vie.
Tout d’abord, c’est la présence du biofilm microalgal à la surface du sédiment qui apparaît. Cette mince couche de quelques dizaines de microns d’épaisseur est le siège d’une forte photosynthèse lorsqu’elle est émergée et reste enfoui dans la vase à marée haute.

Un examen plus attentif de la vasière permet de découvrir les indices laissés par de nombreux animaux présents sur et dans le sédiment. Les hydrobies, petits gastéropodes de la taille d’un gros grain de riz dont la coquille à la forme d’un chapeau chinois, broutent le biofilm algal.
Puis apparaissent les traces de la faune vivant dans le sédiment, tellines, scrobiculaires, coques, lanices, néréis, etc… qui laissent de nombreuses traces de leur présence à la surface des vasières.

On peut noter que la diversité des espèces de mollusques est faible en baie de l’Aiguillon mais qu’on les trouve en grande quantité (Degré, 2006).
Ces assemblages d’espèces, couplés à la granulométrie des sédiments, permet de caractériser les différents types de vasières selon un référentiel européen (European Nature Information System). Ainsi un travail réalisé par l’Université de La Rochelle a permis de définir les 8 habitats bio-morphosédimentaires de la baie de l’Aiguillon (Bocher et al., 2011). La délimitation de ces habitats de vasière est relativement bien corrélée à la fréquence des submersions marines en fonction des coefficients de marée.

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Vue aérienne de la vasière - Life baie de l'Aiguillon

Vue aérienne

Les prés salés

Les prés salés, appelés également schorre, sont des étendues de végétation susceptibles d’être inondés par les eaux salées. Ils se développent sur la partie haute des vasières où les dépôts sédimentaires sont les plus importants, d’ailleurs accentués par l’installation de la végétation pionnière à Spartine notamment.

Ces étendues végétales couvrent une surface de plus de 1 100 ha sur la baie de l’Aiguillon soit environ 10 % de la surface des prés salés français, loin cependant derrière la baie du Mont-Saint-Michel avec ces 4 000 ha ! La progression des prés salés sur la vasière est incontestable (par exemple, une progression de 25 ha entre 2005 et 2008) mais cela de façon hétérogène selon les secteurs. Les prés salés sont parcourus par des chenaux à marée, appelés localement russons, qui participent à l’écoulement naturel des eaux.

Les plantes qui s’y développent sont dites halophiles car elles ont la particularité d’être tolérantes à la submersion marine. Leur répartition se fait donc en fonction de cette tolérance : les pionnières comme les spartines et salicornes en bordure de vasière et dans les zones les plus basses, l’obione dans les zones basses mais bien drainées, les prairies à puccinellie sur la partie moyenne et haute du pré salé et les chiendents sur les bourrelets de bordure des russons et sur les parties hautes.
On y trouve 2 espèces protégées au niveau national :

  • l’Oenanthe de Foucaud, Oenanthe foucaudi, petite ombellifère qui croît sur les berges vaseuses des chenaux vendéens et de la partie maritime de la Sèvre Niortaise,
  • l’Arroche à long pédoncule Atriplex longipes que l’on trouve sur le haut des prés salés.

Les prés salés de la baie - Life baie de l'Aiguillon

Les prés salés de la baie de l’Aiguillon, appelés également schorre

D’autres habitats sont également présents mais sur des surfaces largement moindre :

  • Les dunes de la pointe de l’Aiguillon,
  • Les plages de galets à Esnandes,
  • Les platains rocheux à Marsilly
  • Les digues
  • Le cours maritime de la Sèvre Niortaise
La sédimentation active de la baie de l’Aiguillon influence directement l’évolution des habitats d’intérêt européen que sont les dunes et les prés salés atlantiques. Il s’agit, dans le processus de conservation, d’accompagner l’évolution naturelle de ces habitats en limitant les impacts anthropiques.

Ce principe est important car il est le garant du bon fonctionnement de la baie de l’Aiguillon, une bonne qualité de ces habitats ayant un rôle patrimonial essentiel sur d’autres compartiments écologiques. La conservation des habitats de prés salés et de vasières est un enjeu prioritaire puisqu’elle conditionne l’attractivité du site pour un cortège d’espèces important.

Ces habitats sont directement tributaires de la dynamique sédimentaire mais aussi des changements climatiques. Il serait donc illusoire de fixer des objectifs de surface d’habitats. L’action du gestionnaire s’inscrit donc dans une stratégie d’accompagnement de la dynamique naturelle des habitats en cohérence avec les usages traditionnels pratiqués et autorisés.

Les dunes de la pointe de l'Aiguillon - Life baie de l'Aiguillon

Les dunes de la pointe de l’Aiguillon